Le 2 février 2025, je publiais ici un papier sur le recul écologique mondial, version Trump. À l’époque, c’était un pronostic. Un podcast, une analyse, des « ça pourrait ». Beaucoup de conditionnel. Dix-huit mois plus tard, je n’ai plus rien à conjuguer au futur. Il suffit d’ouvrir la fenêtre.
Il a fait 40°C à Strasbourg. En juin. Note bien : Strasbourg, pas Séville.
Alors soyons clairs tout de suite, avant que quelqu’un me tombe dessus. Non, cet homme n’a tué personne de ses mains. Il n’a braqué aucune arme. Il n’a versé aucun poison. Il a fait quelque chose de plus discret, et de bien plus efficace. Il a débranché les alarmes. Une par une. La santé mondiale. La science du climat. Les normes qui protègent. Et quand toutes les alarmes sont coupées, le feu peut prendre tranquillement. Personne ne l’entend venir. On ressort le dossier. Point par point. Et on regarde qui avait raison.
Ce qu’il faut retenir :
- Tout ce que j’annonçais en février 2025 est arrivé, et pire. Le recul politique s’est confirmé. Le climat, lui, a signé l’accusé de réception.
- L’Amérique n’a pas juste quitté l’accord de Paris. Elle a quitté la table entière. Santé, science, climat, culture : les portes claquent en série.
- Ils ont quitté l’OMS. Pendant ce temps, la rougeole revient. Une maladie éliminée en 2000, à son plus haut niveau depuis plus de trente ans.
- L’été 2026 en France a battu des records qu’on croyait réservés à 2050. Printemps, juin, juillet : la totale.
- Le plus tordu : cet été n’est pas « la faute de Trump ». C’est la facture du passé. Les décisions d’aujourd’hui, elles, préparent l’addition de demain. Et elle sera salée.
D’abord, un aveu : je m’étais trompé
Oui. Je m’étais trompé. Pas sur le fond. Sur l’ampleur. En février 2025, je parlais d’un pays qui sortait de l’accord de Paris et qui poussait le gaz fossile. Classique. Prévisible. Du Trump premier cru. Ce que je n’avais pas vu venir, c’est la méthode industrielle. Parce que l’accord de Paris, finalement, ce n’était que l’apéritif. Le président états-unien l’a quitté dès le premier jour de son mandat, sortie effective en janvier 2026. Bon. On connaissait la chanson. Sauf que cette fois, il ne s’est pas arrêté là.
Les Etats-Unis d’Amérique fait ses cartons. Tous ses cartons.
Suis-moi, parce que la liste est longue.
Le 21 janvier 2025, jour deux. Les États-Unis claquent la porte de l’Organisation mondiale de la santé. Leur plus gros bailleur, au passage. Une pandémie mondiale, c’était il y a cinq ans. On a déjà oublié ? Eux, oui.
Juillet 2025. Retrait de l’UNESCO. L’éducation, la science, la culture. « Des causes clivantes », dixit le Département d’État. Sortie prévue fin décembre 2026. Troisième fois que les États-Unis quittent la maison, pour info. Ils ne savent plus s’ils entrent ou s’ils sortent.
Et puis janvier 2026. Le bouquet.
Un décret ordonne le retrait des États-Unis de soixante-six organisations internationales d’un seul coup. Jugées « inutiles, inefficaces ou nuisibles ». Le langage est joli, non ? On dirait un tri de placard avant un déménagement.
Sauf que dans le carton « à jeter », il y a quoi ?
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Le traité fondateur. Celui d’où découlent tous les autres, Paris compris.
Et surtout : le GIEC.
Le GIEC, l’ami. Le Groupe d’experts intergouvernemental. Les gens qui font la science du climat. Pas la politique. La science. Les mesures, les courbes, les rapports. Les Etats-Unis d’Amérique ne se contente plus de nier le thermomètre. Elle jette le thermomètre. Tant qu’à faire, ils ont aussi coché l’Agence internationale pour les énergies renouvelables. Et l’Union internationale pour la conservation de la nature. Faut pas se gêner.
Et la rougeole, du coup, revient dire bonjour
Tu veux voir ce que ça donne, concrètement, de claquer la porte de la santé mondiale ? Regarde la rougeole. La rougeole, l’ami. Une maladie que les États-Unis avaient officiellement éliminée en 2000. Rangée. Terminée. Un truc de bouquin d’histoire.
Elle est revenue.
En 2025, le pays a compté 2 289 cas. Le pire total depuis 1992. Et trois morts, dont deux enfants non vaccinés au Texas. On pensait tenir le sommet. Raté. En 2026, il a fallu à peine sept mois pour dépasser toute l’année précédente : plus de 2 300 cas confirmés dès la fin juillet, selon les CDC eux-mêmes. La pire année depuis 1991. Et la quasi-totalité des malades ? Des gens non vaccinés.
Le clou du spectacle : le statut de « pays ayant éliminé la rougeole », gagné en 2000, est désormais en cours de réexamen. Verdict attendu en novembre 2026. Le Canada, lui, a déjà perdu le sien fin 2025. Alors soyons honnêtes une seconde, parce que je te dois toujours du vrai, pas juste de la hargne. Ce n’est pas le retrait de l’OMS qui a fabriqué l’épidémie. Le coupable, c’est la chute de la vaccination. Dopée par des années de mensonges sur le vaccin. Le lien frauduleux vaccin-autisme, tu sais, celui qui a été rétracté il y a plus de vingt ans et que certains ressortent quand même du placard.
Mais recule d’un pas et regarde l’ensemble du tableau. Un pays qui abandonne la science. Qui quitte l’OMS. Qui met un sceptique du vaccin aux commandes de la santé. Et où une maladie éradiquée refait surface. Coïncidence ? Non. C’est une ambiance. Une direction. Une cohérence, même, dans le n’importe quoi.
On ne quitte pas la table de la santé mondiale sans que, tôt ou tard, quelqu’un se mette à tousser. Mais attention, tiens-toi bien. Si la rougeole revient, ce n’est pas la faute de Trump. Non. C’est la faute aux communistes. Aux gauchistes. Aux « radicaux de gauche », comme il dit. Tu sais, ces Américains qui ont le mauvais goût de ne pas applaudir le discours.
Parce que chez lui, c’est toujours la faute de l’autre. Jamais du capitaine. Le vaccin qui manque ? La gauche. La science qui alerte ? Des gauchistes. Le thermomètre qui s’affole ? Un complot. Faire la guerre et ne pas la gagner ? La faute des coco qui vivent aux États-Unis. Nier. Accuser ceux d’en face. Recommencer. Comme toujours. Ce petit manège, d’ailleurs, ça porte un nom. Les psys appellent ça l’externalisation du blâme. Les politologues, eux, parlent de stratégie du bouc émissaire : on frustre une population, on lui désigne un coupable commode, et le tour est joué. Un « eux » bien vil, un « nous » bien pur. C’est vieux comme le monde et documenté depuis les années 1930. Toi et moi, on va faire plus simple. On appelle ça ne jamais rien assumer.
Je ne te dirai pas ce qui se passe dans sa tête, remarque. Je ne suis pas dans son crâne, et je me méfie des gens qui prétendent y être. Je te décris juste ce qu’il fait. En public. Devant les caméras. À longueur de discours. Lui est parfait. Tout ce qu’il dit est beautiful. Ce qu’il fait, merveilleusement bien. L’Immaculée Conception descendue du ciel. C’est bien simple : jamais un président, que dis-je, jamais un Dieu n’a été aussi parfait que lui. Amen. D’ici qu’il réécrive la Bible, il n’y a pas loin ! Lui sera le nouveau Dieu. Ceux qui lui lèchent les pieds ? Ses apôtres.
Pendant ce temps, à la pompe
Un pays qui sort des institutions, c’est une chose. Un pays qui appuie sur le champignon, c’en est une autre. Les deux en même temps, c’est le programme.
« Drill, baby, drill. » Fore, bébé, fore. Dès le discours d’investiture. État d’urgence énergétique décrété le premier jour, terres fédérales et zones offshore rouvertes, permis accélérés. L’or liquide sous nos pieds, tu te souviens de la formule ? Elle est passée du meeting au décret.
Et les normes ? On efface.
Décembre 2025 : les fameux standards CAFE, qui encadraient depuis 1975 la consommation et les émissions des voitures, passent à la trappe. « Ridiculement contraignants », a dit le président. Cinquante ans de réglementation, poubelle. Lui il sait. Car trop intelligent. Plus que les autres.
Un chiffre pour la route. En un an de mandat, l’ONG Natural Resources Defense Council a compté plus de 350 actions menaçant l’environnement, le climat ou la santé. En un an. Sur tout son premier mandat, le New York Times en avait recensé 112. Autrement dit, il a triplé son propre record. En un tiers du temps.
Le tout par le deuxième pollueur de la planète. Et le premier pollueur de l’Histoire. Faut le rappeler, celui-là, parce qu’il aime bien l’oublier. Tout chiffre qui l’ennuie, poubelle. Facile. Comme l’esclavage, tiens. Ses équipes ont fait retirer des expositions et des panneaux sur l’esclavage dans les musées et les parcs de Washington et Philadelphie, au motif qu’on « insistait trop ». Gênant, le passé ? On gomme. Gênant, le thermomètre ? On gomme. C’est la même main. Le même chiffon.
Le climat, lui, ne lit pas les décrets
Voilà pour la politique. Passons aux faits. Aux vrais. Ceux qu’aucun communiqué ne réécrit. À l’échelle du monde, 2025 a été la troisième année la plus chaude jamais mesurée. Et attention au détail qui tue : la moyenne des trois années 2023, 2024 et 2025 a franchi pour la première fois la barre des 1,5°C au-dessus de l’ère préindustrielle. Le seuil. Celui de l’accord de Paris. Celui qu’on jurait de ne pas atteindre. Tu peux pleurer. Je comprendrais.
Les onze dernières années sont les onze plus chaudes de l’histoire des mesures. Onze sur onze. Ce n’est plus une tendance. C’est un mur. Il va faire très chaud et c’est marrant comme tout. Tiens, cela date de 2016.? Prémonition le gars ?
Et la France dans tout ça ? Servie. Copieusement.
Le printemps 2026 : le plus chaud depuis le début des relevés, en 1900. Juin 2026 : le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, point. Les 24 et 25 juin, la température moyenne du pays sur 24 heures a atteint 30°C. Une première. Elle bat les 29,4°C d’août 2003.
Le 25 juin, soixante-douze départements en vigilance rouge canicule. Simultanément. Du jamais-vu depuis la création du dispositif en 2004.
Juillet a pris le relais. Mois de juillet le plus chaud jamais mesuré à son tour, 24,9°C de moyenne. Les records de 2003 et 2006 tombent. Tu vois le tableau ? Le printemps bat un record. Juin bat un record. Juillet bat un record. À la chaîne. Comme une usine.
Et les morts, on en parle ?
On en parle. Parce que ce n’est pas de la déco, ces chiffres. Cela fiche mal dans le décor. Cela gâche. Santé publique France a estimé qu’entre le 17 juin et le 2 juillet, la seule première vague a provoqué au moins 5 764 décès en excès. Plus de 36 % de mortalité en plus. Une intensité qui a dépassé celle d’août 2003.
Un mot d’honnêteté, parce que je te dois du sérieux, pas juste de la colère. Certains chiffres qui circulent, style « 7 300 morts depuis le début de l’année » ou « 52 jours de canicule », restent provisoires et sur une seule source. Le bilan consolidé ne tombera qu’à l’automne. Alors je te donne le solide, celui de l’agence sanitaire, et je laisse le reste au conditionnel. C’est ça, faire son travail.
Mais 5 764, c’est déjà solide. 5 764, c’est déjà une petite ville rayée de la carte en quinze jours.
Le piège à éviter (et je vais te le désamorcer)
Là, tu es en colère. Moi aussi. Et c’est le moment où on dit une bêtise. Ou ce que l’on prononce est bien gras. La bêtise, ce serait d’écrire : « cet été de feu, c’est la faute de Trump ». Non. Ce serait faux. Et un truc faux, ça se retourne contre toi. La chaleur de 2026 vient des émissions déjà accumulées. Des décennies de carbone déjà dans l’air. Aucun décret signé en 2025 n’a réchauffé le mois de juin qui vient de passer.
Alors où est le lien ? Il est dans le calendrier. Le voilà, le vrai sujet. L’été 2026 te montre à quoi ressemble le monde à 1,4 ou 1,5°C. Le monde d’aujourd’hui. Celui qu’on subit déjà. Et au même moment, pile au moment où on encaisse la facture du passé, les Etats-Unis d’Amérique déchire les factures de l’avenir. Elle sort de la science, elle rouvre les forages, elle brûle les normes.
Autrement dit : on paie déjà la note d’hier, et le plus gros client du restaurant part sans laisser d’adresse en criant qu’il reviendra commander double. C’est ça, le lien. Pas la météo d’un mois. La trajectoire de trente ans. Et tu verras que demain, s’il fait trop chaud, Trump dira que c’est la faute des cocos et autres ennemis de l’intérieur.
Deux nuances, parce que je ne suis pas un perroquet
Un bon dossier, ça n’hurle pas dans une seule direction. Deux précisions, donc.
Un : le recul états-unien n’est pas le recul du monde. Pendant que les Etats-Unis d’Amérique s’enlise dans le fossile, le reste avance. La Chine en tête, à toute vitesse sur la transition. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont quand même atteint un record en 2024, 57,7 milliards de tonnes, faut pas rêver. Mais la porte de sortie existe, et d’autres la prennent.
Deux : l’Europe n’a pas cédé aux sirènes. Elle râle, elle débat de simplifier son Pacte vert, elle traîne des pieds. Mais elle n’a pas jeté le cap 2035 par-dessus bord. Pas encore. C’est déjà ça.
Alors, on fait quoi ?
On regarde. On note. On n’oublie pas. Parce qu’un pays peut quitter le GIEC. Il ne peut pas quitter l’atmosphère. Elle est partagée, figure-toi. Non négociable. Sans frontière et sans visa. Le carbone que tu brûles à Houston, il chauffe aussi le Morvan. La physique se fiche des décrets. Elle se fiche des « intérêts nationaux ». Elle additionne, c’est tout. Bêtement. Implacablement.
En février 2025, je te disais : regardez venir. Aujourd’hui, je te dis : c’est arrivé. Et le pire, ce n’est pas la canicule qu’on a eue. C’est celle qu’on est en train de commander pour 2050. Trump, il n’a tué personne de ses mains. Répétons-le, parce que c’est vrai, et parce que c’est précisément ça, le problème. Il a juste débranché les alarmes. Or une alarme débranchée, ça ne fait pas de bruit. Ça ne fait pas de mort tout de suite. Ça attend. Et le jour où le feu prend pour de bon, il n’y a plus personne pour crier.
Garde le ticket. On en reparlera.
Mes sources par honnêteté :
Santé publique France : le bilan officiel des 5 764 décès en excès de la canicule du 17 juin au 2 juillet 2026
Météo-France : juin 2026, le mois de juin le plus chaud jamais enregistré, 72 départements en vigilance rouge
Copernicus : 2025, troisième année la plus chaude, et premier triennat au-dessus de 1,5°C
Département d’État américain : le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales (décret 14199)
UNESCO : la déclaration d’Audrey Azoulay sur le retrait américain, effectif fin décembre 2026
ONU Info : le retrait des États-Unis de l’OMS, qui perd son plus gros contributeur
Vert : le décret de retrait de 66 organisations, dont la CCNUCC et le GIEC
Vert : un an de mandat, plus de 350 actions anti-environnement recensées par la NRDC
Connaissance des énergies (AFP) : l’allègement des normes CAFE sur les émissions des véhicules
IRIS : la sortie de l’accord de Paris, les États-Unis deuxième pollueur mondial et premier pollueur historique
La Presse : émissions mondiales record en 2024 (57,7 Gt), la Chine avance sur la transition
Futura-Sciences (données CDC / Johns Hopkins) : plus de 2 300 cas de rougeole en 2026, pire année depuis 1991
La Libre : la rougeole éliminée depuis 2000 fait son retour, le statut d’élimination des États-Unis menacé
CNN : Trump reproche aux musées de la Smithsonian de trop insister sur « à quel point l’esclavage était mauvais »
NBC News : le National Park Service retire une exposition sur l’esclavage à Philadelphie sur ordre d’un décret Trump